MAKING OF DU ROMAN COLLECTIF "GENERATIONNEL" 2011






L'art et le lycéen dans sa ville, dans son école, dans ses voyages


Récapitulatif des étapes de la composition de ce projet de roman collectif "générationnel" :


1er diptyque : une photo et son analyse pour le cadre spatio-temporel ;

2ème diptyque : un portrait argumenté du héros ou de l'héroïne à partir d'une photo ou d'un tableau ;

3ème diptyque : un incipit et une proposition de synopsis de 25 à 30 chapitres ;


4ème diptyque : un chapitre initiatique et son analyse (les critères de l'éloge et du blâme) ;


Les diptyques sélectionnés par le comité de lecture éditorial seront mis en ligne, de même que les chapitres de roman au fil de leur rédaction.


Puis, concours de couverture et de quatrième de couverture...


Une séance d'exposition et de signature avec les auteurs peut être envisagée en fin d'année...


Réunions éditoriales : calendrier prévisionnel à partir de la rentrée de novembre 2011

(avec une présentation des membres du conseil éditorial)




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1er diptyque : une photo et son analyse pour le cadre spatio-temporel du roman

Le cadre spatio-temporel du roman collectif "générationnel" :


par exemple :

Vous pouvez réaliser un montage à partir d'une photo de vous (d'un lycéen ou d'un groupe de lycéen) au Théâtre de l'Odéon avec l'affiche de La Cerisaie d'Anton Tchekhov





La Cerisaie, Anton Tchekhov : mercredi 29 septembre – 20 h – Théâtre de l'Odéon (VIème)



Villa de Tchekhov à Yalta, achetée e 1899, aujourd'hui musée consacré à l'écrivain.




Datcha de Tchkhov à Melikhovo (musée)


La Cerisaie n'est pas seulement l'histoire de la vente d'une maison, de la vente d'une immense et belle propriété, d'un jardin et d'une chambre d'enfant.


Que fait-on, lors d'un départ définitif, de la mémoire des occupants ? Comment concilier le passé et le présent de nos vie. Doit-on oublier pour avancer ? Comment avoir la force de partir ?


Villa où Tchekhov écrivit Les Trois soeurs en 1900



La Cerisaie, Anton Tchekhov : mercredi 29 septembre – 20 h – Théâtre de l'Odéon



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Une mise en scène de Julie Brochen, Directrice du Théâtre National de Strasbourg depuis 2008

(Directrice du théâtre de L'Aquarium depuis 2002)



Note d’intention de Julie Brochen :
(décembre 2009)



"Le retour, puis le départ de Lioubov vécu comme absolu et définitif, me renvoient, dans l’acte III, à la question de la présence de l’orchestre juif. En effet il ne s’agit pas, comme dans Oncle Vania, de la seule vente d’une maison, d’une magnifique propriété. Il s’agit pour moi d’un héritage plus important, plus encombrant. Que fait-on de cette mémoire vivante : les maisons, les affaires des familles de déportés, que fait-on des peintures de Charlotte Salomon confiées juste avant son départ pour Auschwitz ; comment hériter et vendre un cimetière ? Pour vivre le présent, peut-on oublier ? Kertész affirme que la notion d’humanité a été brûlée elle aussi pour lui dans les camps ; comment peut-on vivre aujourd’hui sans elle ?"

"La deuxième histoire me vient de la thèse de Françoise Balibar sur Einstein. Il s’agit d’un souvenir d’enfance relaté par la soeur aînée d’Einstein : lui avait cinq ans, elle était un peu plus âgée, tous deux assistent une après-midi entière à l’abattage des arbres de la propriété familiale. Le petit garçon pleure en silence, le nez collé à la vitre. Le fait que je retiens est que cette grande soeur a toujours relié ce souvenir précis aux recherches sur la scission atomique et sur la bombe de son frère. Tout cela fonde la nécessité pour moi aujourd’hui de monter La Cerisaie de Tchekhov avec la nouvelle permanence artistique du TNS."

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2ème diptyque
: un portrait argumenté du
héros ou de l'héroïne à partir d'une photo ou d'un tableau


L'art et le lycéen dans sa ville, dans son école, dans ses voyages

Qu'est-ce qu'une "belle personne" ?


Quelle(s) réussite(s) pour demain ?

Au nom de quelles valeurs ?


Une enquête"générationnelle" sur la place du sujet dans l'histoire de la communication et des représentations





Anton Tchekov




Wajdi Mouawad

"Je ne t'abandonnerai jamais"

leitmotiv du Sang des promesses de Wajdi Mouawad

(une quadrilogie épique sur la transmission et l'héritage)

"Qu'est-ce qu'être jeune aujourd'hui, quand les cinquantenaires ne veulent pas renoncer à leur jeunesse ? De quelle manière notre époque tue-t-elle un homme ? Avons-nous troqué le monde de la connaissance contre celui de l'information ?"

Wajdi Mouawad





Le théâtre, un chemin : l'enquête sur l'origine dans le théâtre contemporain

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Littoral

Incendies

Forêts

Ciels

« Je n’ai pas de mission. Je cherche vraiment à faire en sorte que le regard du spectateur soit détourné du fabriquant, et qu’il regarde l’objet. C’est ainsi que la beauté de la pièce révèle ses messages, même les plus violents. C’est un dialogue avec le public. De là, donc, peut surgir beaucoup de choses.»

Wajdi Mouawad


"Je veux tout, tout de suite, Alexandre, et que ça soit beau, et grand et magnifique et bouleversant. Ou alors rien, c'est-à-dire rien, tu comprends ?"

Que pensez-vous de cette réplique d'Odette dans Forêts de Wajdi Mouawad ?
Une enquête"générationnelle" sur la place du sujet dans l'histoire de la communication et des représentations




Littoral, Incendies et Forêts sont les trois opus d’une épopée théâtrale signée Wajdi Mouawad, où les destins des personnages se croisent, où les fêlures humaines, intimes, familiales et historiques se mêlent. Un théâtre de la vie.

À travers les destins croisés de sept femmes liées par le sang, toutes entraînées par les grands bouleversements historiques du xxe siècle, Forêts remonte aux sources des fêlures humaines, intimes, familiales, historiques. Forêts tresse le fil des origines de Loup et au-delà d’Aimée sa mère, ainsi que d’Odette, Hélène, Léonie, Ludivine, Sarah et Luce. Pour Wajdi Mouawad Forêts est le récit de ces femmes qui, suite à un événement qui s’abat sur la plus jeune d’entre elles, se retrouvent brutalement face à l’incohérence de leur existence. Comme toujours chez Wajdi Mouawad, la grande Histoire et la petite, celle de nos vies, sont imbriquées. Forêts, d’une certaine manière, renvoie aux tragédies de Sophocle comme à notre monde actuel dans un télescopage de sentiments, de peur et d’espoir. Wajdi Mouawad y déploie toute la richesse de son imaginaire et transporte le spectateur dans un temps suspendu. Celui du théâtre de la vie.

Philippe Noisette

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"Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira", Jean, 8, 32.


Nathalie Sarraute pour introduire sa lecture au cours d'une interview de l'extrait de Elle est là explique que ce passage a été écrit après la lecture d'"un très beau texte sur la mort de Jean Moulin qui (l') avai(t) beaucoup frappée". André Malraux "défendait ce qui était à l'époque la liberté" : la résistance au nazisme et aux camps de concentration bien sûr, mais aussi précise-t-elle "la liberté [en général], la résistance à l'oppression, à l'esclavage et à la domination".

L'interviewer fait une synthèse que Nathalie Sarraute approuve : "l'ensemble de votre œuvre est poussée par cette idée d'une liberté qui triomphe par l'écriture, une idée libre, indépendante qui pourrait circuler en se gardant de tous les dangers de pétrification comme le mépris dont il est question dans Disent les imbéciles ou le culte de la personnalité, le conformisme, l'académisme et aussi une cert"Cette vie est à chaque instant menacée, de cette manière-là"aine terreur, même si elle est d'ordre intellectuel : terreur des modes, des écoles, des interdits. , conclut Nathalie Sarraute.


"C'est drôle, maintenant, je crois que je commence pour la première fois à comprendre…une petite chose… une toute petite chose sans importance vous conduit parfois ainsi là où l'on n'aurait jamais cru qu'on pourrait arriver … tout au fond de la solitude … dans les casmates, les cachots, les tortures … quand les fusils sont épaulés, quand le canon du révolver appuie sur la nuque, quand la corde s'enroule, quand la hache va tomber… A ce moment qu'on nomme "suprême", avec quelle violence elle se redresse, elle se dégage hors de son enveloppe éclatée, elle s'épand, elle, la vérité. Elle seule, par sa seule existence, elle ordonne, tout autour d'elle, docilement. Rien ne lui résiste. Tout autour d'elle s'ordonne. Elle illumine. Quelle clarté ! Quel ordre ! Ah! voilà, c'est le moment, c'est la fin … mais juste pour moi, mais moi je ne suis rien, moi je n'existe pas. Et elle, avec quelle force, hors de son enveloppe éclatée, elle se dresse, elle se libère, elle se répand. Elle éclaire. Personne ne peut… c'est ainsi… contre elle on ne peut rien… on le sait bien, n'est-ce pas ? On le dit bien : toujours la vérité triomphe… pour elle il n'y a rien à craindre. Ah! elle sait se défendre par sa seule existence, par sa seule présence, seule, toute seule, si seule."


Nathalie Sarraute, Elle est là (Théâtre, Gallimard)


Concours de photos

Quelle est la citation de Zola ?
Forêts
Forêts
Forêts
Forêts


Bibliographie : 1ère ES

Enquête "générationnelle" : Qu'est-ce qu'"une belle personne" ?

Une enquête anthropologique sur la place du sujet dans l'histoire de la communication et des représentations

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Quelle esthétique pour demain?

Quelle(s) réussite(s) ?

Au nom de quelles valeurs ?

Héros ou personnage ?


"Qu'est-ce qu'être jeune aujourd'hui, quand les cinquantenaires ne veulent pas renoncer à leur jeunesse ? De quelle manière notre époque tue-t-elle un homme ? Avons-nous troqué le monde de la connaissance contre celui de l'information ?"

Wajdi Mouawad, Le Nouvel observateur

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Etude en lecture intégrale : Le Ravissement de Lol V Stein, Marguerite Duras

Bibliographie :

La Princesse de Clèves, Madame de La Fayette
Jacques le Fataliste et son maître, Denis Diderot



Lectures complémentaires :

Les Aventures de Télémaque, Fénelon
Un Amour de Swann, Marcel Proust
Les Choses, Georges Perec
Les Gommes, La Jalousie Robbe-Grillet
Le Vice-consul, Marguerite Duras
Dora Bruder, Patrick Modiano
Un Roman français, Frédéric Beigbeder

Le Guépard, Giuseppe Tomasi di Lampedusa
L'Insoutenable légèreté de l'être, Milan Kundera

Lectures de l'été : à réactiver (fiches de lecture)

Les Faux-monnayeurs, André Gide
Le Ravissement de Lol V Stein, Marguerite Duras


La Peau de chagrin, Honoré de Balzac (adaptation télévisuelle :mercredi 22 septembre sur France 2)

MAKING OF DU ROMAN COLLECTIF "GENERATIONNEL" 2011


Thème : le lycéen et l'art dans sa ville, dans son école, dans ses voyages...


Enquête "générationnelle" : quelle(s) réussite(s) pour demain ?


1ère ES => lundi 13 septembre : devoir d'invention

Rédaction d'une première page de roman à partir d'un exemple d'incipit de roman

(proportions du texte : nombre de lignes et de paragraphes, disposition : mise en page ; dramaturgie de l'incipit)


"Nulla dies sine linea"

("Pas un jour sans une ligne")

http://tempoestyle.blogspot.com


"Le style, c'est l'homme même", Buffon




Le roman collectif
"générationnel"
"Tempo è galant'uomo"



Un roman d'apprentissage "générationnel"

"Par l'art seulement nous pouvons sortir de nous, savoir ce que voit un autre de cet univers qui n'est pas le même que le nôtre, et dont les paysages nous seraient restés aussi inconnus que ceux qu'il peut y avoir dans la lune."

Le Temps retrouvé, Marcel Proust


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"Tempoe è galant'uomo"


http://tempoemytheblogspot.com

http://tempoedialectique.blogspot.com

http://tempoepoesie.blogspot.com





"Amant alternae Camenae", Virgile

« The muses love alternating songs, says Vergil's Palaemon, inviting his companion to share in the composition of poetry »




Les Inséparables, Esther Shalev-Gerz



"L'art ne reproduit pas le visible, il rend visible", Paul Klee

LIRE - ECRIRE : Comment et pourquoi écrire ?


"Depuis ce soir-là, j'ai toujours un crayon sur moi, où que j'aille. J'ai pris l'habitude de ne jamais sortir de chez moi sans m'assurer que j'avais un crayon en poche. Non parce que j'avais idée de ce que je ferais avec ce crayon, mais parce que je ne voulais plus être pris au dépourvu. je m'étais laissé prendre une fois, et je n'étais pas prêt à laisser ça se reproduire.

Si les années m'ont appris une chose, c'est ceci : du moment qu'on a un crayon dans sa poche, il y a de fortes chances pour qu'un jouir ou l'autre, on soit tenté de s'en servir.

Et je le dis volontiers à mes enfants, c'est comme ça que je suis devenu écrivain."

Paul Auster, Pourquoi écrire ? 1995


"Car les livres une fois faits peuvent rester sur la table des comtesses, ils sont achevés, personne n'y pourrait plus rien changer. Mais un auteur jusqu'à ce qu'il soit mort reste une chose qu'on peut modifier et il faut que la pensée qui est en lui absorbe peu à peu tout son être, si bien que tout ce qu'il dira sera le langage même de la pensée, mais non pas que les autres puissent tirer à eux jusqu'à sa pensée, si bien qu'il penserait simplement leurs paroles et serait anéanti."

Proust, Jean Santeil




Du mythe à l'histoire, de l'épopée au roman et au théâtre :


"C'est par des chants que les peuples quittent le ciel de leur enfance pour entrer dans la vie active, dans le règne de la civilisation. C'est par des chants qu'ils retournent à la vie primitive. L'art est la transition de la nature à la civilisation, et de la civilisation à la nature" , Hölderlin





"On ne pense que par image, si tu veux être philosophe écris des romans", Albert Camus




Prochainement :


Concours d'incipit et de synopsis
(les rythmes de la narration)





Concours de photos : le cadre spatio-temporel du roman



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=> Entraînement à la dissertation :

"Ceux qui croient que lire est une fuite sont à l'opposé de la vérité : lire, c'est être mis en présence du réel dans son état le plus concentré."

Partagez-vous cette définition de la lecture donnée par Amélie Nothomb* dans Antéchrista ?

Justifiez votre réponse et illustrez-la à partir d'exemples précis empruntés à vos lectures.


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* Rentrée littéraire : www.France5 : "La grande librairie"

Amélie Nothom, Une forme de vie

Jean d'Ormesson, C'est une chose étrange à la fin que le monde


"C'est une chose étrange à la fin que le monde

Un jour je m'en irai sans avoir tout dit

Ces moments de bonheur ces midis d'incendie
La nuit immense et noire aux déchirures blondes

Il y aura toujours un couple frémissant

Pour ce matin-là sera l'aube première
Il y aura toujours l'eau,le vent,la lumière

Rien ne passe après tout si ce n'est le passant"


Aragon, cité par Jean d'Ormesson




EAF 2010 - sujet national séries ES / L

21 juin 2010

Voici en ligne le sujet national proposé pour la session 2010 à l’Épreuve Anticipée de Français (séries ES/S). Une analyse du sujet ainsi que les corrigés seront mis en lignes prochainement.

Sujet national séries ES/S

Objet d’étude : L’argumentation

Convaincre, persuader et délibérer

Corpus

  • Texte A : Fénelon, Les Aventures de Télémaque (1699), septième livre

  • Texte B : Montesquieu, Lettres persanes (1721), lettre XII

  • Texte C : Voltaire, Candide (1759), chapitre XXX

  • Texte A : Fénelon, Les Aventures de Télémaque
Télémaque et son précepteur Mentor sont de retour aux abords de l’île de Calypso. Ils rencontrent un capitaine de navire dont le frère Adoam leur livre les dernières nouvelles et leur dépeint un pays extraordinaire, la Bétique.

Le fleuve Bétis coule dans un pays fertile et sous un ciel doux, qui est toujours serein. Le pays a pris le nom du fleuve, qui se jette dans le grand Océan, assez près des Colonnes d’Hercule (¹) et de cet endroit où la mer furieuse, rompant ses digues, sépara autrefois la terre de Tharsis (²) d’avec la grande Afrique. Ce pays semble avoir conservé les délices de l’âge d’or. Les hivers y sont tièdes, et les rigoureux aquilons (³) n’y soufflent jamais. L’ardeur de l’été y est toujours tempérée par des zéphyrs (4) rafraîchissants, qui viennent adoucir l’air vers le milieu du jour. Ainsi toute l’année n’est qu’un heureux hymen du printemps et de l’automne, qui semblent se donner la main. La terre, dans les vallons et dans les campagnes unies, y porte chaque année une double moisson. Les chemins y sont bordés de lauriers, de grenadiers, de jasmins et d’autres arbres toujours verts et toujours fleuris. Les montagnes sont couvertes de troupeaux, qui fournissent des laines fines recherchées de toutes les nations connues. Il y a plusieurs mines d’or et d’argent dans ce beau pays ; mais les habitants, simples et heureux dans leur simplicité, ne daignent pas seulement compter l’or et l’argent parmi leurs richesses : ils n’estiment que ce qui sert véritablement aux besoins de l’homme. Quand nous avons commencé à faire notre commerce chez ces peuples, nous avons trouvé l’or et l’argent parmi eux employés aux mêmes usages que le fer, par exemple, pour des socs de charrue. Comme ils ne faisaient aucun commerce au-dehors, ils n’avaient besoin d’aucune monnaie. Ils sont presque tous bergers ou laboureurs. On voit en ce pays peu d’artisans : car ils ne veulent souffrir que les arts qui servent aux véritables nécessités des hommes ; encore même la plupart des hommes en ce pays, étant adonnés à l’agriculture ou à conduire des troupeaux, ne laissent pas d’exercer les arts nécessaires pour leur vie simple et frugale. [ … ]

Quand on leur parle des peuples qui ont l’art de faire des bâtiments superbes, des meubles d’or et d’argent, des étoffes ornées de broderies et de pierres précieuses, des parfums exquis, des mets délicieux, des instruments dont l’harmonie charme, ils répondent en ces termes : « Ces peuples sont bien malheureux d’avoir employé tant de travail et d’industrie à se corrompre eux-mêmes ! Ce superflu amollit, enivre, tourmente ceux qui le possèdent : il tente ceux qui en sont privés de vouloir l’acquérir par l’injustice et par la violence. Peut-on nommer bien un superflu qui ne sert qu’à rendre les hommes mauvais ? Les hommes de ces pays sont-ils plus sains et plus robustes que nous ? Vivent-ils plus longtemps ? Sont-ils plus unis entre eux ? Mènent-ils une vie plus libre, plus tranquille, plus gaie ? Au contraire, ils doivent être jaloux les uns des autres, rongés par une lâche et noire envie, toujours agités par l’ambition, par la crainte, par l’avarice, incapables des plaisirs purs et simples, puisqu’ils sont esclaves de tant de fausses nécessités dont ils font dépendre tout leur bonheur ».

1. Ainsi sont appelées, dans l’Antiquité, les montagnes qui bordent, du côté de l’Europe et du côté de l’Afrique, le détroit de Gibraltar, aux limites du monde connu.
2. la terre de Tharsis : dans l’Antiquité, nom donné à la péninsule ibérique.
3. nom poétique des vents du nord.
4. vents d’ouest, doux, tièdes et agréables.
  • Texte B : Montesquieu, Lettres persanes
Les Troglodytes sont un peuple imaginaire dépeint dans trois lettres successives. Le texte ci-dessous est un extrait de la deuxième.

Qui pourrait représenter ici le bonheur de ces Troglodytes ? Un peuple si juste devait être chéri des dieux. Dès qu’il ouvrit les yeux pour les connaître, il apprit à les craindre, et la Religion vint adoucir dans les moeurs ce que la Nature y avait laissé de trop rude.

Ils instituèrent des fêtes en l’honneur des dieux : les jeunes filles ornées de fleurs, et les jeunes garçons les célébraient par leurs danses et par les accords d’une musique champêtre. On faisait ensuite des festins où la joie ne régnait pas moins que la frugalité. C’était dans ces assemblées que parlait la nature naïve ; c’est là qu’on apprenait à donner le cœur et à le recevoir ; c’est là que la pudeur virginale faisait en rougissant un aveu surpris, mais bientôt confirmé par le consentement des pères ; et c’est là que les tendres mères se plaisaient à prévoir de loin une union douce et fidèle.

On allait au temple pour demander les faveurs des dieux ; ce n’était pas les richesses et une onéreuse abondance : de pareils souhaits étaient indignes des heureux Troglodytes ; ils ne savaient les désirer que pour leurs compatriotes. Ils n’étaient au pied des autels que pour demander la santé de leurs pères, l’union de leurs frères, la tendresse de leurs femmes, l’amour et l’obéissance de leurs enfants. Les filles y venaient apporter le tendre sacrifice de leur cœur, et ne leur demandaient d’autre grâce que celle de pouvoir rendre un Troglodyte heureux.

Le soir, lorsque les troupeaux quittaient les prairies, et que les bœufs fatigués avaient ramené la charrue, ils s’assemblaient, et, dans un repas frugal, ils chantaient les injustices des premiers Troglodytes et leurs malheurs, la vertu renaissante avec un nouveau peuple, et sa félicité. Ils célébraient les grandeurs des dieux, leurs faveurs toujours présentes aux hommes qui les implorent, et leur colère inévitable à ceux qui ne les craignent pas ; ils décrivaient ensuite les délices de la vie champêtre et le bonheur d’une condition toujours parée de l’innocence. Bientôt ils s’abandonnaient à un sommeil que les soins et les chagrins n’interrompaient jamais.

La nature ne fournissait pas moins à leurs désirs qu’à leurs besoins. Dans ce pays heureux, la cupidité était étrangère : ils se faisaient des présents où celui qui donnait croyait toujours avoir l’avantage. Le peuple troglodyte se regardait comme une seule famille ; les troupeaux étaient presque toujours confondus ; la seule peine qu’on s’épargnait ordinairement, c’était de les partager.

D’Erzeron, le 6 de la lune de Gemmadi 2, 1711.

  • Texte C : Voltaire, Candide
Nous sommes dans le dernier chapitre du conte de Voltaire et pour obtenir les réponses définitives aux questions qu’il se pose, Candide décide de rendre visite à un sage oriental et de l’interroger.

Pendant cette conversation, la nouvelle s’était répandue qu’on venait d’étrangler à Constantinople deux vizirs (¹) du banc et le muphti (²), et qu’on avait empalé plusieurs de leurs amis. Cette catastrophe faisait partout un grand bruit pendant quelques heures. Pangloss (³), Candide et Martin, en retournant à la petite métairie, rencontrèrent un bon vieillard qui prenait le frais à sa porte sous un berceau d’orangers. Pangloss, qui était aussi curieux que raisonneur, lui demanda comment se nommait le muphti qu’on venait d’étrangler. « Je n’en sais rien, répondit le bonhomme, et je n’ai jamais su le nom d’aucun muphti ni d’aucun vizir. J’ignore absolument l’aventure dont vous me parlez ; je présume qu’en général ceux qui se mêlent des affaires publiques périssent quelquefois misérablement, et qu’ils le méritent ; mais je ne m’informe jamais de ce qu’on fait à Constantinople ; je me contente d’y envoyer vendre les fruits du jardin que je cultive. » Ayant dit ces mots, il fit entrer les étrangers dans sa maison : ses deux filles et ses deux fils leur présentèrent plusieurs sortes de sorbets qu’ils faisaient eux-mêmes, du kaïmak piqué d’écorces de cédrat confit, des oranges, des citrons, des limons, des ananas, des pistaches, du café de Moka qui n’était point mêlé avec le mauvais café de Batavia et des îles. Après quoi les deux filles de ce bon musulman parfumèrent les barbes de Candide, de Pangloss et de Martin.
« Vous devez avoir, dit Candide au Turc, une vaste et magnifique terre ? – Je n’ai que vingt arpents, répondit le Turc ; je les cultive avec mes enfants ; le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice, et le besoin ».

1. vizir : ministre de l’empire ottoman.
2. muphti : homme de loi attaché à une mosquée qui donne des avis sur des questions juridiques et religieuses.
3. compagnon de voyage et précepteur de Candide, tenant de la philosophie de l’optimisme.
4. compagnon de voyage de Candide, et philosophe contradicteur de Pangloss.

I- Après avoir lu tous les textes du corpus, vous répondrez à la question suivante (4 points) :

Ces textes cherchent-ils seulement à nous dépayser ou ont-ils une autre visée ? Votre réponse se fondera sur quelques exemples précis. Elle devra être organisée et synthétique. Pour lire le corrigé de la question, cliquez ici.

II. Vous traiterez ensuite, au choix, l’un des sujets suivants C (16 points) :

  • Commentaire
    Vous commenterez le texte de Fénelon (texte A).

  • Dissertation
    En quoi l’évocation d’un monde très éloigné du sien permet-elle de faire réfléchir le lecteur sur la réalité qui l’entoure ?
    Vous développerez votre argumentation en vous appuyant sur les textes du corpus, les œuvres que vous avez étudiées en classe et celles que vous avez lues.

  • Invention
    Vous avez séjourné en Bétique. Déçu, vous décidez de partir. Ecrivez le discours d’adieu que vous prononcez devant les habitants.

"En toute chose il faut considérer la fin"...

La fin du Père Goriot de Balzac (1835)

La mort du père : romantisme ou réalisme de Balzac ?

Une mort pathétique ou une mort tragique ?

Qui est le héros de ce roman d'apprentissage ?


  1. Une fin d'un roman réaliste ?

    la mort du personnage éponyme ; un enterrement misérable ("MIMESIS")

Quid ? Quis? Quando? Ubi? Quomodo ?


    1. L'esthétique réaliste : Balzac n'épargne au lecteur aucune précision déplaisante (effets de "réel"), jusqu'aux "quelques pelletées de terre jetées sur la bière pour la cacher".

La description objective, presque documentaire, semble l'emporter sur l'expression des sentiments.


        Le cadre spatio-temporel : "le cimetière"," " au Père-Lachaise" ; "A six heures" , "le soir tombait"

        Le champ lexical du funèbre : " le corbillard", "le convoi", ""le corps" (2x)

la "fosse", les "fossoyeurs", "la bière", "la tombe"

        Les précisions chiffrées : l'heure ("A six heures"); le pourboire donné aux fossoyeurs ("vingt sous"), le nombre des voitures et des fossoyeurs ("deux")

        La précision de la composition du "convoi" et des personnes présentes : le "convoi" ( Rastignac et Christophe, "les gens de ses filles", "deux voitures armoriées") , "le clergé" et "les deux fossoyeurs".

        L'importance de l'argent : le prix de l'enterrement payé par Rastignac qui explique la brièveté de la prière ("la courte prière pour I…I pour l'argent de l'étudiant" ; l'épisode de la recherche du pourboire (5/6 lignes)

        Et surtout, le personnage éponyme n'est plus qu'un "corps" (deux occurrences) : "le corps", "le corps du père Goriot" manipulé comme un objet ("fut placé", fut descendu").

        Le déterminisme de l'"accès d'horrible tristesse" de Rastignac provoqué par l'obligation d'avoir à chercher un pourboire et l'humiliation de n'avoir plus un sou en poche et de devoir emprunter au garçon de peine de la pension alors qu'il est tout à son chagrin et qu'il a dû faire déjà toutes les démarches pour payer et organiser l'enterrement : "Ce fait, si léger en lui-même, détermina chez Rastignac un accès d'horrible tristesse".


    1. Un enterrement lugubre et misérable :


    Un enterrement de pauvre : la rapidité de l'enterrement ("A six heures", "aussitôt que fut dite la courte prière I…I pour l'argent de l'étudiant") souligne le dénuement du défunt et la pauvreté de l'étudiant qui a dû payer les frais de cet enterrement à la place de sa famille, cette précision est renforcée par le fait que ce dernier n'a plus un sou pour payer le pourboire des fossoyeurs ("Eugène fouilla dans sa poche et n'y trouva rien"), il est même obligé d'emprunter de l'argent à Christophe, le garçon de peine de la pension Vauquer . De plus, le père Goriot est entrré dans une "fosse" et non dans un caveau de famille, ce qui contraste avec la présence des voitures armoriées, la précision du titre et de la particule du nom de ses deux gendres : le "comte de Restaud", le "baron de Nucingen".

    Une convoi lugubre : absence des membres de la famille, un étudiant, le garçon de peine de la pension Vauquer, "les gens" des filles du défunt, deux voitures "vides", absence des pensionnaires de pension Vauquer et de Mme Vauquer.

    Une atmosphère lugubre : le choix de l'heure de la journée (la fin du jour: "le soir tombait", l'"humide crépuscule"), de même que le temps humide et les nuages ajoutent au caractère déplaisant et sinistre de cette description.

    La tristesse de Rastignac : "un accès d'horrible tristesse", "sa dernière larme", "cette larme" , "une de ces larmes" ("larme", 3 x)Le temps et l'heure du jour (le "crépuscule") sont en harmonie avec les circonstances (le "crépuscule" de la vie d'un homme) et les sentiments du jeune homme ("un humide crépuscule agaçait les nerfs"), ce qui participe au réalisme de la scène : interaction entre les personnages et le cadre de vie. Ici, l'agacement et la tristesse du personnage sont présentés davantage comme l'expression d'une association de facteurs déterminés par de petits faits ("ce fait si léger en lui-même détermina chez Rastignac un accès d'horrible tristesse") et l'atmosphère humide du lieu et de l'heure ("un humide crépuscule agaçait les nerfs") que par les circonstances funèbres de cette fin de roman. Mais le lyrisme hyperbolique de la fin du paragraphe associe le lieu, l'heure et la nature aux sentiments supposés de chagrin (répétition du mot "larme", 3 x) et à l'"accès d'horrible tristesse" du personnage d'une façon toute romantique. Toutefois, dans cette fin de roman, ce n'est pas la nature qui se fait complice et consolatrice des sentiments humains, elle semble les déterminer plus que le décès du "bonhomme"… Le parti pris est plus réaliste (et cynique) que romantique en cette fin de roman, à la différence de l'incipit.


    1. La mort du personnage éponyme, abandonné de tous : est-elle pathétique ou tragique ?


        Une fin de vie misérable : l'abandon du père.

    Seuls l'étudiant et un garçon de peine accompagnent le défunt à sa dernière demeure. L'opposition "mais" insiste sur le caractère lugubre des voitures vides en fin de cortège et l'absence de celles auxquelles le "bonhomme" a sacrifié sa vie de même que sur le rôle dérisoire joué par le paraître, le luxe et l'argent jusqu'aux derniers instants d'une vie dans "la comédie humaine" que le roman donne à voir au lecteur. Paradoxalement, les voitures sont "armoriées mais vides", les filles du père Goriot sont respectivement comtesse et duchesse, mais c'est Rastignac, un jeune étudiant pauvre qui a payé les frais de l'enterrement et qui a assisté le vieillard jusqu'à ses derniers instants.

    L'expression des sentiments : tristesse, solitude du seul Rastignac, accentuée par le sentiment d'impuissance de ce dernier et le rappel de son propre dénuement au moment où on lui demande de payer le pourboire du "bonhomme". La "dernière larme" du jeune homme"arrachée par les saintes émotions d'un cœur pur" se mêle à la révolte provoquée à la fois par l'abandon du père Goriot et l'humiliation de n'avoir pas même de quoi payer le pourboire des fossoyeurs et de devoir emprunter à Christophe, un garçon de peine.

    L'échec du personnage éponyme dans sa quête :

Il est abandonné par les destinatrices de son sacrifice, réduit à l'impuissance dans ses derniers instants, incapable d'aider ses filles après leur avoir tout sacrifié. Il est condamné à mort depuis le départ, à une mort sociale progressive, à la misère et à la solitude, avant de succomber à la déception et au chagrin de voir ses filles malheureuses d'abord, puis de découvrir leur ingratitude et leur sécheresse de coeur.


Cette mort est-elle pathétique ou tragique ?

Même la voix narrative semble avoir abandonné le "bonhomme". Aucune présence du narrateur omniscient pour pleurer le sacrifice du "Christ de la paternité" en cette fin de roman. L'enterrement du personnage éponyme est bâclée en un paragraphe. Aucun romantisme ne vient relever cette marche funèbre, la mort du personnage principal de ce roman est davantage décrite selon une esthétique réaliste que romantique ou symbolique. C'est le personnage témoin, Rastignac qui fait figure de héros romantique en cette fin du premier paragraphe où le père Goriot n'est plus qu'un "corps" (2 x) et un "bonhomme". La description de l'enterrement du héros éponyme n'est pas magnifiée, bien au contraire. Elle est plus pathétique que tragique.



  1. La fin d'un roman d'apprentissage : un enterrement "édifiant" ( "CATHARSIS")


(Analyse de la fin du premier paragraphe et du deuxième paragraphe : principaux effets stylistiques (hyperboles, répétition, personnification, métaphore filée, apostrophe et défi au style direct, registre épique)


Quomodo ? Cur ? Quibus auxiliis ?

Passation de pouvoir entre le héros éponyme du roman réaliste et le personnage-témoin "des secrètes infortunes du père Goriot" . Rastignac est le jeune héros du roman d'apprentissage , le "héros" de l'aventure qui a permis au lecteur de suivre le fil conducteur de l'action lié à l'histoire du vieil homme jusqu'à sa mort. C'est à présent lui qui clôt le roman, le personnage relais de l'expression d'un savoir selon Philippe Hamon, le "médiateur d'un énoncé didactique sur le monde". En témoigne le choix du point de vue omniscient qui privilégie la mise en scène romantique qui grandit le personnage du haut du cimetière du Père-Lachaise dominant symboliquement la capitale alors que le vieillard est allongé dans sa fosse. Le "réalisme truqué" de Balzac permet de suivre la mort morale du jeune homme qui enterre avec le père Goriot ses dernières illusions : Rastignac, en cette fin de "roman bourgeois" passe du statut de héros romantique au cynisme du conquérant, à une conquête bien matérielle, celle-là. L'échec du père Goriot est un tremplin pour la réussite de l'ambitieux qui tire un enseignement de cette mort misérable (cf. Contre Sainte-Beuve, Proust).


  1. Un héros romantique (solitude, souffrance, grandeur : "vers le haut du cimetière"; symbolisme du lieu et de l'atmosphère en harmonie avec les sentiments du jeune homme; hyperboles romantiques "horrible tristesse"; "rejaillissent jusque dans les cieux; "ces mots grandioses")


( Contraste avec l'incipit ) le romantisme et le symbolisme à la fin du roman mettent l'éclairage sur le "jeune homme" (qui n'est même pas nommé dans l'incipit et non sur le "Christ de la paternité" dont la mort n'est pas sublimée et même pas pleurée). Rastignac est le jeune premier romantique de cette fin de roman qui le place symboliquement sur les hauteurs du cimetière du Père-Lachaise. Il est comme le chant du cygne de l'innocence (champ lexical du sentiment et de l'émotion : "larme" 3 x, associé à ceux de la pureté : "saintes émotions d'un cœur pur", et de la piété : "saintes", "cieux", de l'élévation morale. L'insistance attachée à cette "dernière larme" soulignée par la répétition et l'épithète "dernière" révèle que ce moment est décisif dans la formation du jeune homme. Cette ultime étape est une transition charnière entre tout ce qui existait avant la métamorphose du jeune héros (les élans du cœur, la conscience morale, l'élévation d'âme) et la mort morale et sentimentale du personnage qui ne sera plus qu'un des acteurs sans âme parmi d'autres de la "Comédie humaine". Il sera donné au lecteur de le rencontrer çà-et-là dans le "beau monde" parisien dans lequel il avait tant convoité de pénétrer, mais il n'en sera plus jamais le héros (cf Splendeurs et misères des courtisanes ). L'échec du père Goriot est devenu un tremplin pour la réussite de Rastignac, une réussite bien matérielle, celle-là. L'hyperbole de l'"horrible tristesse" est prolongée par l'expression des "saintes émotions" et l'image de la "dernière larme" si pure qu'aussitôt tombée à terre elle remonte au ciel : "une de ces larmes qui, de la terre où elles tombent, rejaillissent jusque dans les cieux". Cette vision quasi miraculeuse de la larme sanctifiée qui est trop sainte et trop pure pour toucher le sol, par la verticalité qu'elle évoque avec l'impossibilité d'établir un lien durable entre la terre et le ciel, semble indiquer qu'il n'est possible à personne de rester pur, à moins d'être un saint. Avec le père Goriot et cette dernière larme Rastignac a définitivement quitté le ciel ("les cieux") et enterré ce qui lui était resté de sensibilité et de conscience ainsi que l'illustre la métaphore du verbe ensevelir pris ici au sens figuré pour doubler par l'image de l'enterrement de la conscience celui du père Goriot dont il est question dans cette scène: "y ensevelit sa dernière larme". Ses regards se tournent vers la terre à présent : "il regarda la tombe " où il verse sa "dernière larme", il lève une dernière fois les yeux vers le ciel ("contempla les nuages"), avant de fondre tel un aigle sur sa proie, sur Paris et ses lumières qui l'appellent à ses pieds. Pour la dernière fois le héros se tient sur les hauteurs : la chute est imminente même si elle signifie aussi la réussite sociale.


  1. Un conquérant : l'apprentissage de la "comédie humaine" par Rastignac.

Analyse de la mise en scène des 2 paragraphes :

    contraste entre les "deux voitures armoriées, mais vides" et la pauvreté de l'enterrement

    contraste entre la solitude et la pauvreté du héros, l'atmosphère lugubre du cimetière et "cette ruche bourdonnant"

    L'importance de l'argent dans la société : tout a un prix (l'enterrement et la prière du clergé, le pourboire à donner aux fossoyeurs…)

    importance du cadre et du champ lexical du regard ("comédie humaine", importance de la mise en scène) : "contempla les nuages , "vit", "les lumières", "Ses yeux s'attachèrent presque avidement"; "un regard qui semblait par avance en pomper le miel".

    Les arrondissements de Paris situés "entre la colonne de la place Vendôme et le dôme des Invalides" représentent désormais les lieux de la quête de Rastignac, c'est là que réside le "beau monde", là où se trouvent le pouvoir et l'argent, le confort et le luxe de la vie facile, là que Rastignac "avait voulu pénétrer".

    La leçon tirée de l'observation et de l'expérience de Rastignac: l'argent compte plus dans la société, "la comédie humaine" que les sentiments humains, c'est pourquoi la conquête de Rastignac devient essentiellement matérielle, celle du pouvoir et de l'argent (cf. Fin de Bel-Ami de Maupassant)


L'abandon du père et son enterrement misérable, comme le caractère sordide de la pension Vauquer au début du roman agissent sur le héros comme un réactif. Le jeune homme tire la leçon de l'expérience après l'enseignement théorique de Mme de Beauséant et de Vautrin. Il sait que le monde est un "jeu de dupes et de fripons", il a assisté à la scène de dialogue avec ses filles qui a préparé l'agonie du père Goriot, et pour finir à l'ingratitude et à la monstruosité finale de "la comédie humaine" que soulignent les deux voitures vides. Il enterre donc sa dernière larme avec le "bonhomme", regarde une dernière fois le ciel ("contempla les nuages"), a vant de descendre vers "les lumières" de "la ruche bourdonnant pour faire sa véritable entrée dans le "beau monde" ("dans lequel il avait voulu pénétrer").


  1. Un ambitieux : le défi à la capitale ou l'arrivisme de Rastignac :


    La crise du sujet : nombreux effets stylistiques et descriptions précises des lieux avec une personnification de Paris alors que le "Christ de la paternité" est réduit à n'être plus qu'un "bonhomme" par le point de vue omniscient de la voix narrative ("Paris tortueusement couché le long des deux rives de la Seine"; l'apostrophe exclamative au style direct : "A nous deux maintenant !" ).

    L'avidité de Rastignac : seul subsiste le face à face avec la capitale dans ce défi qui gomme toute relation humaine ("A nous deux maintenant !"). Rastignac, du haut du cimetière du Père-Lachaise anticipe déjà sur cette conquête de la "ruche bourdonnant" avec la métaphore filée du "regard qui semblait par avance en pomper le miel". Même le "dîner chez madame de Nucingen" n'est plus présentée comme un épisode de sa vie amoureuse mais comme un "premier acte de défi" (cf Le Rouge et le Noir de Stendhal : la conquête de Mme de Rénal).

    L’apparition d'un nouveau type de héros dans les romans réalistes du XIXème siècle : les ambitieux, héritiers du "picaro" du XVIIIème siècle, opportunistes, arrivistes et cyniques qui manipulent les sentiments des autres pour gravir les échelons de la société. Les êtres humains, surtout ceux du sexe opposé ne sont plus que des moyens de parvenir socialement au confort bourgeois, qu'il s'agisse de celui très aristocratique du faubourg Saint-Germain ou du confort bourgeois à proprement parler, le résultat est le même. Rastignac, dans la chambre meublée arrangée pour lui par le père Goriot est dans l'antichambre de "ce beau monde" et il n'a plus qu'une idée, accéder à ce dernier, comme Delphine, sa maîtresse ne rêvait que du bal de Mme de Beauséant: en se faisant le complice de l'ambition de sa maîtresse qui a sacrifié à son snobisme son père à l'agonie, Rastignac a perdu son âme (d'où "sa dernière larme de jeune homme, cette larme arrachée par les saintes émotions d'un cœur pur, une de ces larmes qui, de la terre où elles tombent, rejaillissent dans les cieux").


Julien Sorel, dans Le Rouge et le Noir de Stendhal, Georges Duroy dans Bel-Ami de Maupassant, et Mme Bovary au féminin dans le roman de Flaubert trouveront dans le mariage ou les liaisons des moyens de parvenir socialement comme Rastignac utilise Mme de Nucingen (comme "une enseigne") pour suivre les conseils de Mme de Beauséant : "N'acceptez les hommes et les femmes que comme les chevaux de poste que vous laisserez crever à chaque relais" , en témoigne l'absence de romantisme du défi à la capitale qui exclut toute relation humaine et l'élan qui le porte chez Mme de Nucingen présenté non comme un acte d'amour mais "un premier acte de défi".


Balzac connaît bien le problème de l'obsession d'argent et de conquête sociale de son jeune héros, lui qui était toujours en quête de reconnaissance sur le plan mondain et matériel, aux prises avec de farouches créanciers parce qu'il avait presque toujours dépensé l'argent avancé pour ses livres par les éditeurs avant même d'avoir commencé à les écrire (cf. la vie romancée de Balzac de Stefan Zweig). Il connaît aussi le calcul qui permet d'associer le mariage aux avantages matériels et à l'ascension sociale puisqu'il aurait, selon son propre aveu rapporté par Proust dans son Contre Sainte-Beuve épousé son "étoile polaire" noble et riche, Mme Hanska (après 16 années d'attente parce que la dame était mariée et qu'il avait fallu attendre la mort du mari) par intérêt plus que par amour. C'est pourquoi Proust le trouve "vulgaire" :


"La vulgarité de ses sentiments est si grande que la vie n'a pu l'élever. Ce n'est pas seulement à l'âge où débute Rastignac qu'il a donné pour but à la vie la satisfaction des plus basses ambitions, ou, du moins, à de plus nobles buts a si bien mêlé celui-là, qu'il est presque impossible de les séparer. Un an avant sa mort, sur le point de toucher à la réalisation du grand amour de toute sa vie, à son mariage avec Mme Hanska qu'il aime depuis seize ans, il en parle à sa sœur en ces termes : "Va, Laure, c'est quelque chose à Paris que de pouvoir, quandon le veut, ouvrir son salon et y rassembler l'élite de la société, qui y trouve une femme polie, imposante comme une reine, d'une naissance illustre, alliée aux plus grandes familles, spirituelle, instruite et belle. Il y a là un grand moyen de domination… Que veux-tu, pour moi, l'affaire actuelle, sentiment à part (l'insuccès me tuerait moralement) c'est out ou rien, c'est quitte ou double… Le cœur, l'esprit, l'ambition ne veulent pas en moi autre chose que ce que je poursuis depuis seize ans ; si ce bonheur immense m'échappe, je n'ai plus besoin de rien. Il ne faut pas croire que j'aime le luxe. J'aime le luxe de la rue Fortunée avec tous ses accompagnements : une belle femme, bien née, dans l'aisance et avec les plus belles relations ". Ailleurs, il parle encore d'elle en ces termes : "Cette personne qui apporte avec elle (fortune à part) les plus grands avantages sociaux." On ne peut pas s'étonner après cela que dans Le Lys dans la Vallée, sa femme idéale par excellence, l'"ange", Mme de Mortsauf, écrivant à l'heure de la mort à l'homme, à l'enfant qu'elle aime, Félix de Vandenesse, une lettre dont le souvenir lui restera si sacré que bien des années après il en dira : "Voici l'adorable voix qui tout à coup retentit dans le silence de la nuit, voici la sublime figure qui se dressa pour me montrer le chemin", lui donnera les préceptes de l'art de parvenir. De parvenir honnêtement, chrétiennement. Car Balzac sait qu'il doit nous peindre une figure de sainte. Mains il ne peut imaginer que, même aux yeux d'une sainte, la réussite sociale ne soit pas le but suprême."


Comparer pour finir l'écart entre les enjeux de l'incipit et ceux de la fin du roman.